|
Le chiffre, j’ai eu à le réécouter hier, dimanche, dans l’excellent bulletin d’informations économiques
diffusé tous les matins à 7 heures 15 minutes sur les ondes d’Alger Chaîne III. Et ce chiffre, en le réécoutant, m’a fait tinter les oreilles.
Plus fort encore que le froid ne me les faisait déjà tinter : le projet
de la mégamosquée d’Alger est estimé à un milliard d’euros. 1 milliard d’euros. Mazette ! Je ne m’y fais toujours pas.
M’y ferais-je un jour ? Je ne pense pas.
Le son même que provoque l’énoncé à haute et intelligible voix de cette phrase «une mosquée à un milliard d’euros» m’insupporte au plus haut point.
En fait, c’est tout simple. D’une simplicité cruelle. Oser
défendre un projet de mosquée à un milliard d’euros en ce moment, c’est comme organiser un buffet géant pour VIP triées sur le volet, avec gardes du corps à
l’entrée, paparazzis et tout le toutim de la jet-set, juste aux abords de la décharge d’Oued Semmar, à Alger.
Cracher ce chiffre d’un milliard d’euros pour un lieu de prière à la face des Algériennes et des
Algériens, c’est comme organiser un défilé de haute couture dans la cour même de l’usine SNVI de Rouiba.
Affirmer que la construction d’une mosquée à un milliard est une priorité, c’est comme de mettre sous
les verrous un chauffeur de Sonatrach pour bien montrer «zaâma» à l’opinion que l’on veut lutter implacablement contre
le fléau de la corruption.
C’est de la provoc’.
Pas de la provocation à la petite semaine, non !
De la grosse provoc’.
Allah Yarham babakoum, la tension religieuse était-elle autant à son comble en Algérie, les citoyens
étaient-ils sortis en masse pour en faire leur unique et seule revendication pour que Abdekka en soit réduit à lancer en urgence ce projet de mégamosquée à un milliard d’euros
?
C’est quoi le mécanisme de pensée qui oblige à ponctionner un milliard d’euros du budget du pays —
un pays qui vient d’enregistrer une hausse de l’inflation à 5,7 % — pour le dépenser dans la construction d’une hyper-mosquée ?
J’en viendrais presque à me demander si on ne veut pas pousser les gens à l’émeute à travers ce genre
d’annonces et d’initiatives. Ah que oui ! Sinon comment interpréter la chose dans une contrée où l’on est prêt aussi facilement, aussi à «l’aisement»,
à dépenser un milliard d’euros pour une mosquée alors que l’on daigne difficilement, avec la tire-boulette, «bettah'la » augmenter le Smig des travailleurs à 140 euros au taux de change officiel.
1 milliard d’euros pour une mosquée. 140 euros de Smig.
C’est pas de la provoc’, ça ?
Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar
continue.
|