
ISLAM ET CHRETIENNETE D'ORIENT
"A Maaloula, nous parlons l’araméen, la langue du Christ”, lance avec orgueil le chauffeur du
minibus qui m’emmène dans ce petit village chrétien situé à une soixantaine de kilomètres de Damas.Dans le véhicule où les voyageurs sont serrés comme des sardines, les femmes sont vêtues
comme des mamas espagnoles ou italiennes et ne portent pas le voile, juste parfois un petit foulard en dentelle.
L’une d’entre elles, Rania, m’interroge en français: “Vous êtes chrétienne?” Heu… On va dire que oui: baptisée, au moins.
Car en Syrie, même si on ne croit pas en Dieu, on appartient officiellement à une
communauté.
Et pour convoler “civilement”, il faut produire un certificat
signé d’une autorité confessionnelle. Sinon, pas de mariage. (...)
A travers la vitre avant du minibus, derrière la croix qui se balance sous le rétroviseur central avec le portrait de Bachar El Assad, j’aperçois le village érigé sur les pentes du mont
Qalamoun. Au lieu des minarets enluminés de néons verts qui foisonnent en Syrie, le crépuscule laisse apparaître des croix bleues phosphorescentes qui pointent partout. Le site est
constellé d’églises et de chapelles dont les carillons sonnent tous les quarts d’heure.
Des religieux s’affairent dans les rues: prêtres orthodoxes et catholiques, bonnes sœurs, moines et
moniales… vaquent au milieu d’une foule animée.
Je débarque au monastère de Saint-Serge-et-Bacchus qui domine le village. Des chiites voilées de noir de la tête aux pieds s’engouffrent dans des cars climatisés iraniens. “Le tourisme religieux est très prisé en pays persan et Mar Sergi est presque une étape obligée dans les circuits organisés en Syrie”, me dira Tawfik Eid
.(...)
Un collègue du séminaire, venu lui rendre visite, nous rejoint, accompagné de son frère et sa famille. “Vous êtes chrétienne?” me demande-t-on à
nouveau. Réponse affirmative. Bien m’en prend car, s’estimant en terrain favorable, le frère se lâche: “Les chrétiens, dit-il, sont martyrisés par les
musulmans depuis des siècles. Et ce n’est pas fini, ils ne le disent pas, mais leur objectif, c’est de nous tuer tous. Pour eux, il faut terroriser, c’est la base de leur
religion.”
Peste! Comment ont-ils fait pour vivre jusqu’ici? “Vous appelez ça vivre? 40 000 églises brûlées sous El Hakim au Xe siècle, 11 000 chrétiens tués en 1860,
le dernier massacre en 1925… Nous avons des voisins musulmans. Ils sont aimables, mais derrière leur sourire, il faut savoir qu’ils ne pensent qu’au jour où ils nous tueront.” Moue
dubitative du père Tawfik Eid.
L’autre continue, appuyé par son frère: “Le Baas au pouvoir, c’est zéro. Mais comme protecteur des minorités, chapeau. C’est parce qu’Assad appartient à la
minorité alaouite qu’il protège les chrétiens ; il protège les minorités. Les alaouites ont subi les sunnites, ils savent ce que c’est. Les chiites aussi… ils ont le respect des choses
saintes. Mais les sunnites, rien. C’est comme les juifs…” L’heure du dîner sonne fort à propos. Le père Tawfik me glisse: “On n’est pas tous d’accord,
vous savez?” Hospitalité oblige, il n’en dira pas davantage.
Pour le patriarche Armach Nalbandian, né à Alep, les divisions des églises chrétiennes ont joué des tours aux chrétiens: “Lors des croisades, nous avons
d’abord cru que les Francs venaient pour reprendre la Terre sacrée aux musulmans et nous les avons aidés, jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’ils venaient avec des visées politiques, pour
ne pas dire colonialistes. Aujour-d’hui, la guerre d’Irak, c’est une continuation des croisades. Que l’Occident prétende venir ici au nom du christianisme, c’est trop fort! Le
christianisme est né ici! Il n’est pas né à Rome ou en Amérique!”
C’est également le leitmotiv du père Elias Zahlaoui. Pour ce prêtre , on en revient toujours aux croisades. “Elles ont tout mis sens dessus dessous. Ce fut comme une chaussure plongée
dans la soupière. Avant, les musulmans vivaient en harmonie avec les chrétiens, alors majoritaires, car l’islam a eu l’intelligence de ne pas s’imposer. L’intervention des Francs naguère, comme celle de l’Occident aujourd’hui, met en danger les chrétiens. Ce sont eux qui risquent de payer en Irak, en Palestine et au
Liban les frais des politiques expansionnistes occidentales.”
Remettons les choses à leur place :
les divisions de l’église ne datent pas des croisades. Dès le début du christianisme, des schismes successifs ont déchiré les croyants. Et si l’islam s’est diffusé aussi facilement dans
les populations chrétiennes, c’est que beaucoup étaient exaspérés par ces querelles “byzantines”.
Il n’empêche, le sac de Constantinople par les croisés, en 1204, a
durablement scellé le divorce parmi les chrétiens, les Francs ayant aussi sauvagement saccagé les églises que les mosquées – et les synagogues –, considérant les Grecs
"schismatiques" (orthodoxes) comme des "hérétiques" aussi "méprisables" que les musulmans.
par Amélie Duhamel (en Syrie)
(27/12/2009)
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Pour compléter cet articles, quelques photos que j'ai réalisé à
Maaloula en décembre dernier. Vous pouvez en visualiser d'autre dans l'album jordanie syrie
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