Rien ne va plus entre Alger et Paris. La semaine dernière, à New York, Abdelaziz
Bouteflika et Nicolas Sarkozy ne se sont pas rencontrés en marge du 64 eme sommet de l'ONU auquel les deux hommes ont participé. Même la rencontre entre les ministres des Affaires étrangères des
deux pays, Mourad Médelci et Bernard Kouchner, annoncée quelques jours auparavant par l'ambassadeur de France à Alger, n'a pas eu lieu.
Pourtant, les sujets de discussions ne manquent pas entre Alger et Paris :
l'affaire des moines, l'avenir des investissements français en Algérie après les dernières mesures de la loi de finances complémentaire 2009, les contrats militaires et d'infrastructures, la
position de Paris sur le Sahara occidental, les négociations sur l'immigration, l'avenir de l'Union pour la Méditerranée (UPM) que Paris souhaite relancer et, bien sûr, la visite annoncée mais à
chaque fois reportée sans explication du président Bouteflika à Paris.
En réalité, l'absence d'une rencontre au sommet à New York confirme le froid
entre les deux capitales. Depuis quelques mois, les relations bilatérales traversent une nouvelle période de tensions. Les deux pays peinent à donner du contenu à leur relation et la relance de
l'affaire des moines de Tibéhirine par un juge d'instruction parisien après les révélations d'un militaire français évoquant une bavure de l'armée algérienne a compliqué la
situation.
La personnalité particulière du président Nicolas Sarkozy contribue également à
entretenir le froid dans les relations bilatérales. Le président français ne rate aucune occasion pour afficher son soutien à Israël. Fin août, il a pris la décision surprenante de nommer Valérie
Hoffenberg comme représentante spéciale de la France pour le processus de paix au Proche-Orient. Or, Mme Hoffenberg n'est autre que la directrice de l'American Jewish Committee (AJC) en France.
L'AJC est le lobby le plus proche d'Israël. Dans le monde arabe, cette nomination a été interprétée comme un nouveau soutien de Paris à la politique israélienne au
Proche-Orient.
Nicolas Sarkozy agace également par ses déclarations guerrières sur l'Iran. En
août, lors de la traditionnelle conférence annuelle des ambassadeurs de France à l'étranger, il avait consacré l'essentiel de son discours à ce pays musulman. Et la semaine dernière à New York,
il s'est montré plus offensive que tous ses homologues occidentaux sur le dossier du nucléaire iranien, reprenant à son compte les positions du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Or,
dans le monde arabe et en Algérie en particulier, le dossier du nucléaire est considéré comme l'illustration de la politique de deux poids deux mesures
pratiquée par les pays occidentaux. Alors que les Israéliens possèdent la bombe atomique, les Etats-Unis et l'Europe tentent d'empêcher l'Iran de maîtriser la technologie nucléaire qu'il dit
vouloir utiliser à des fins civiles.
Sur le plan bilatéral, les déclarations de Nicolas Sarkozy sur la levée du secret
défense dans l'affaire des moines a irrité au sommet de l'Etat algérien. A Alger, on estime que le président français aurait dû se taire et laisser la justice faire son travail. Le message
adressé, en juillet dernier par Nicolas Sarkozy à son homologue algérien sur cette affaire n'a pas convaincu. Les Algériens comprennent le principe de l'indépendance de la justice en France. Mais
ils s'expliquent moins les déclarations du président Sarkozy sur le dossier.
Résultat : selon nos informations, la visite du président Bouteflika à Paris
pourrait ne pas avoir lieu. Pour tenter de relancer le dialogue avec les Algériens, le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, devrait effectuer dans les prochaines semaines une visite à
Alger. Ce proche de Nicolas Sarkozy est un habitué des dossiers difficiles et complexes comme celui des relations algéro- françaises.
Par samir allam , le 27/09/2009
TSA
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