Partager l'article ! « La France, c’est ma moitié », par Franck Nouchi: [Le Monde daté du 25 février 2010] Enfin ! Mardi soir, sur France 5, la ...
Enfin ! Mardi soir, sur France 5, la télévision française s’est donné les moyens - et le temps - pour raconter l’histoire des musulmans de France. De l’arrivée des premiers Kabyles en 1904 à l’affaire du voile islamique, le pari était a priori risqué : retracer en un peu plus de trois heures, moyennant trois parties distinctes - "Indigènes", "Immigrés", "Français" -, un siècle de présence musulmane. Pari gagné : Musulmans de France, le documentaire de Karim Miské et Emmanuel Blanchard, est en tout point réussi. S’il ne l’a déjà vu, Eric Besson aurait tout intérêt à se procurer le DVD qui sortira le 11 mars.
Impossible bien sûr pour les deux réalisateurs de rentrer dans tous les détails d’une pareille histoire. Et en particulier de retracer ce que fut le drame des harkis.
Un drame longtemps occulté, enfoui dans la mémoire collective, en dépit de quelques manifestations de
colères et grèves de la faim. Le 10 septembre 2001, dans un article publié par Libération, Michel Tubiana, alors président de la Ligue des droits de l’homme, dénonça ce silence :
"La République a commis en 1962, en Algérie, un crime d’Etat. En laissant en Algérie les supplétifs algériens qu’il avait employés, le gouvernement français les
a sciemment exposés aux massacres qui ont été commis." Il ajouta : "Une double justice doit être rendue aux harkis : reconnaître le
crime d’Etat dont ils ont été victimes et la discrimination dont ils sont encore aujourd’hui l’objet." Le 31 mars 2007, le candidat Nicolas Sarkozy prit un engagement solennel :
"Si je suis élu, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de harkis et d’autres milliers de "musulmans français" qui lui avaient fait
confiance, afin que l’oubli ne les assassine pas une seconde fois."
L’oubli, un mal que les harkis connaissent mieux que personne.
Dans Des vies, 62 enfants de harkis racontent (éditions de L’Atelier), un ouvrage dirigé par Fatima Besnaci-Lancou et préfacé par Boris Cyrulnik, des hommes et des femmes disent avec dignité et modestie ce que fut l’histoire de leur famille, ces années passées dans des camps, ces blessures que personne ne voulait ni voir ni entendre, la France indifférente au sort de celles et ceux qui avaient décidé de lui faire confiance et de se battre pour elle. Bouleversants de simplicité, ces témoignages, et les photos qui les accompagnent, disent aussi que le temps a fini par passer, faisant place à une sérénité nouvelle.
Né en 1965, Abdel Oihabe Boumaraf est kinésithérapeute-ostéopathe : "Je suis français, né à Château-Renault. Je suis patriote, mais pas nationaliste. Je suis fier de ma culture tourangelle, fier d’être français et fier de mes origines berbères. La France, c’est ma moitié." Une belle réponse à l’apostrophe de Boris Cyrulnik : "Qu’est-ce que vous avez fait de ce qu’on a fait de vous ?"