L’ALIBI DE L’IDENTITÉ NATIONALE

«À force de vouloir effacer les Nations par peur du nationalisme on a ressuscité les crispations identitaires. C'est dans la crise de l'identité nationale que renaît le nationalisme qui remplace l'amour de la patrie par la haine des autres. À force d'abandon nous avons fini par ne plus savoir très bien qui nous étions. À force de cultiver la haine de soi nous avons fermé les portes de l'avenir. On ne bâtit rien sur la haine de soi, sur la haine des siens et sur la détestation de son propre pays. Voilà pourquoi, mes chers compatriotes, nous devons parler de notre identité nationale. Ce n'est pas dangereux, c'est nécessaire. Ce qui serait dangereux ce serait de ne pas en parler, de faire comme si tout allait bien en se disant « À quoi bon ? » C'est avec cette politique de l'autruche qu'on laisse le champ libre à tous les extrémismes. C'est pourquoi j'ai voulu ce débat. C'est pourquoi j'ai voulu que nous discutions ensemble, que nous réfléchissions ensemble.
L'identité nationale ça nous concerne tous, ça concerne tous les Français(…) On est Français parce que l'on regarde la Chrétienté et les Lumières comme deux versants d'une même civilisation dont on se sent l'héritier (…) Dois-je dire aussi que je persiste et je signe s'agissant du droit à la caricature ? Je préfèrerai toujours les excès de la caricature à l'absence de droit à la caricature qui est la marque de tous les régimes totalitaires. Dans l'affaire des caricatures du Prophète j'ai choisi le camp de la liberté d'expression parce que pour moi c'est cela le coeur de l'identité nationale française. »
Dixit Nicolas Sarkozy à propos de l'identité nationale lors d'un discours prononcé le 12 novembre 2009 à la Chapelle-en-Vercors.
 En janvier dernier, le président français annonçait la création prochaine d'un "musée de l'Histoire de France". Certains historiens de l'hexagone jugèrent le projet inutile voir dangereux établissant ainsi des similitudes avec une mythologie vichyssoise, racialiste et xénophobe. D'autres y virent un bon moyen pour renforcer " l'identité nationale".
 Le débat était donc ainsi lancé. Eric Besson, le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale du président Nicolas Sarkozy, a annoncé dimanche 25 octobre la proposition d'un débat sur « l'identité nationale ».
Cette annonce arrive après un mois d'attaques incessantes contre les migrants et les réfugiés, notamment les Afghans qui fuient la guerre. Besson, ancien député du Parti socialiste, avait rejoint le camp Sarkozy juste avant l'élection présidentielle de 2007, a provoqué une vague de protestation le 22 septembre lorsqu'il a donné l'ordre d'expulser manu militari les immigrés afghans de leur campement de Calais, connu sous le nom de « la jungle ». Prétendant qu'ils étaient envoyés dans des zones « sûres ».
Actuellement, 40 autres Afghans attendent de connaître leur sort dans les centres de rétention de Lille, Paris, Coquelles (près de Calais) et Nice. Onze d'entre eux ont entamé une grève de la faim.
 Pour la précision, la France compte 3 500 soldats qui participent à la guerre en Afghanistan dans les rangs de l'OTAN.
 La réaction d'Eric Besson aux critiques des organisations humanitaires devant les expulsions forcées ne s'est pas faite attendre, il répondra à se sujet : « La France ne doit pas avoir honte de sa politique d'immigration. Au contraire elle doit en être fière.»

LA BURQA INACCEPTABLE ET CONTRAIRE AUX VALEURS DE L'IDENTITÉ NATIONALE
Besson soutient aussi la campagne lancée par Sarkozy et André Gerin (député communiste!..) concernant l'interdiction de la burqa. Dans une discussion télévisée, Besson dira : «On peut débattre sur l'opportunité de la loi ... mais sur les principes il n'y a pas de débat: la burqa est inacceptable et contraire aux valeurs de l'identité nationale. » Parmi ses propositions, on trouve l'obligation d'enseigner et de chanter l'hymne national, La Marseillaise, dans les écoles et d'offrir « à tout adulte désireux, de bénéficier d'une sorte d'instruction citoyenne. » (1) Vous rappelez-vous le délire médiatico- politique qui s'est emparé de la France il y a vingt ans lors de la première « affaire des foulards » ?
 En septembre 1989, six mois après l'affaire Rushdie, l'Islam en France est passé, à la télévision, du statut de sujet périphérique, d'un intérêt secondaire et passager, à un sujet central au coeur de la société française.
 La stigmatisation maladive d'une «communauté musulmane » décrite comme un bloc homogène et l'incroyable hystérie politico-médiatique autour de trois malheureux « tchadors » dans un collège de Creil(*) témoignent d'une profonde crise identitaire : les élites françaises expriment avec violence leur refus de reconnaître les réalités d'une France « postcoloniale », à laquelle appartiennent pourtant pleinement les jeunes Françaises et Français «issu(e) s de l'immigration». (2)
L'affaire du foulard a surgi dans un contexte historique, politique et culturel particulier. Elle a mis au jour un certain nombre de non-dits propres à la France, qui touchent à des vérités sur elle-même qu'elle préfère taire, ignorer ou occulter.
 Si le débat a été si intense, c'est justement parce que ces morceaux d'étoffe, en envahissant les écrans de télévision, ont révélé une France différente de celle que les manuels scolaires et les responsables politiques s'évertuent à décrire. La France éternelle, chère au général De Gaulle, a semblé brutalement menacée dans son essence. Comme si les foulards apportaient la preuve d'une menace pesant sur son identité. En réalité, sur quelques filles voilées se concentraient les effets de choc subi par la découverte de la sédentarisation d'une population qu'on avait voulu regarder comme étrangère (3)

L'IMMIGRATION SOUS ENTENDUE DANS LE DÉBAT SUR L'IDENTITÉ FRANÇAISE ?
Rama Yade, vient de prôner une "République réelle et pas formelle" pour les Français d'origine étrangère, plaidant pour des "mesures volontaristes"."Si les principes de la République sont d'une modernité incroyable, ce ne doit pas être un modèle figé pour l'éternité. Nous trahissons l'idéal de la France lorsque nous proclamons notre attachement à une République formelle et non réelle", a déclaré la secrétaire d'État au sport.
 Dans une intervention intitulée «Quel accueil de l'autre dans le monde de demain ? », prononcée à Strasbourg le 26 septembre 2009. Michel Rocard a pris ses distances avec la politique actuelle de la France en matière d'immigration ; dénonçant les « quotas annuels d'expulsions du territoire », la « traque pour atteindre l'objectif fixé par les préfets » et les « centres de rétention pour les personnes vivant avec leurs enfants dans notre pays ». L'ancien Premier ministre a appelé l'Europe à inventer une politique de l'hospitalité , il dira : « En matière d'entrée, de circulation, de protection ou d'éloignement des réfugiés, qu'il s'agisse des accords de Schengen et de Dublin, de la Directive Retour, du « paquet asile » ou, actuellement, du programme de Stockholm, les Européens se sont accordés sur un ensemble toujours renforcé de mesures techniques administratives, juridiques, sécuritaires et diplomatiques qui ont pour conséquence d'élever sans cesse plus haut de nouveaux murs en Europe et à ses portes. Cependant les conséquences de cette politique d'inhospitalité sont tout simplement tragiques et souvent criminelles : des milliers de morts en Méditerranée, dans l'Atlantique, ou au milieu du désert et, pour les candidats à l'exil, jamais découragés, des trajets toujours plus longs et dangereux, nos pratiques de rejets encourageant les filières mafieuses à s'engouffrer dans cette nouvelle manne de la traite des êtres humains... »

LA FRANCE N'EST NI ACCUEILLANTE NI SOLIDAIRE
Pour le sociologue Jérôme Valluy professeur de sociologie politique de l'action publique à l'Université Panthéon- Sorbonne (Paris-I), la France n'est ni accueillante ni solidaire. Avec 85 % de refus, elle fait même partie des pays européens qui rejettent massivement les demandes d'asile. En septembre 2006, Nicolas Sarkozy avait tenté de convaincre ses collègues européens de signer un “pacte européen” pour étendre sa politique à nos partenaires et interdire les régularisations massives. Personne ne l'avait suivi. L'Espagne a régularisé en masse des centaines de milliers de sanspapiers. Mais elle n'est pas la seule : l'Italie, l'Allemagne, le Portugal et bientôt les Pays-Bas. Seule La France se singularise en organisant une vraie chasse à l'étranger.
 La politique de l'immigration en France s'oriente officiellement vers une “immigration choisie” : nous leur prenons les meilleurs, nous leur laissons les plus pauvres, et ce sont évidemment les pays riches qui sont maîtres du choix. Les étrangers sans-papiers s'entassent dans des centres de rétention surchargés.
 Ils arrivent en rangs serrés dans les tribunaux où ils sont présentés à des juges des libertés et de la détention qui ont à apprécier de leur maintien dans ces centres avec une marge de manoeuvre très étroite très peu sont remis en liberté. Ainsi s'en va au loin le léger souvenir d'un pays jadis hospitalier, qui a par ailleurs le droit de décider de ne plus l'être. La lourde tâche, mise sous la bannière du défi de l'honneur incombera aux dirigeants des pays du Sud qui devrons commencer à penser à leurs populations en leurs accordant les moyens de vivre dignement ailleurs que dans des hangars entassés.

RÉFÉRENCES :
1-http://wsws.org/francais/News/ 2009/nov2009/fran-n03.shtml
2-http://www.ldhtoulon.net/spip.php? article3464
3- Françoise Gaspard, Farhad Khosrokavar, Le Foulard et la République, La Découverte, Paris, 1995, p. 163
4-
http://www.betapolitique.fr/spip.ph..
(*) Le Principal de ce collège ayant par la suite été élu sur une liste de droite

Meriem Abdou

Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 13:31
- Par Michel - Publié dans : Actualité - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
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