Le gouvernement entend confier davantage de projets de réalisation d’infrastructures aux entreprises nationales pour réduire la facture d’importation des services qui atteint 11 milliards de dollars en 2008. Mais la tâche n’est pas facile. L’Algérie continuera en effet à faire appel aux étrangers pour réaliser ses grands projets dans le bâtiment, les travaux publics et l’hydraulique. Pour deux raisons principales, estiment des spécialistes interrogés par TSA.

Premièrement, le pays manque d’entreprises privées et publiques capables de construire des ouvrages, des immeubles, des barrages et des routes, de qualité dans des délais raisonnables. Seul le groupe public Cosider et à un degré moindre le groupe privé Ethrb ont montré jusque là des capacités pour concurrencer les grands groupes étrangers
dans la réalisation de projets d’infrastructures. Les autres entreprises publiques et privées, de petites tailles, disposent de moyens dérisoires pour répondre à l’attente du gouvernement et participer activement aux programmes de réalisation lancés dans le cadre des plans d’investissements publics. « Le gouvernement veut que les entreprises publiques soient performantes comme les privées, mais avec des méthodes de gestion du public. Ce n’est pas possible », confie le directeur général d’une entreprise publique de construction.

« Dans le public, ce qui est important, c’est le respect des procédures. Pour choisir des sous traitants, s’approvisionner en pièces de rechange, recruter des bureaux d’études, des consultants, il faut des appels d’offres, donc deux à trois mois, parfois plus pour décider», ajoute t-il. « Dans le privé, les décisions sont rapides et immédiates. Le gain de temps et d’argent est considérable. Nous perdons des marchés parce que nous sommes lourds dans la prise de décision », estime t-il.

Aux procédures longues et interminables auxquelles sont confrontées les entreprises publiques s’ajoutent la méfiance du gouvernement à l’égard des managers publics. La décision de permettre à l’Inspection générale des finances (IGF) d’effectuer des contrôles inopinés auprès des entreprises publiques a alourdi davantage la prise de décision et d’initiative dans le public. « L’IGF n’est pas faite pour contrôler des entreprises économiques. Il y a des outils plus efficaces pour cela. Il faut peut être les renforcer, mais la décision de soumettre les entreprises publiques aux contrôles de l’IGF a provoqué de l’immobilisme dans le public. Celui qui ne fait rien ne craint rien. Les gestionnaires évitent de prendre des décisions qui risquent de les mener en prison », ajoute le même directeur. Dans les entreprises publiques, les gestionnaires consacrent l’essentiel de leurs efforts à veiller au respect des procédures et évitent de prendre des initiatives pour ne pas commettre d’erreurs de gestion capables de les mener en prison. « Nos efforts sont consacrés à gérer la suspicion de corruption qui pèse sur nous. Le climat de travail est malsain. Aucun gestionnaire du privé n’a été inquiété parce que son entreprise a réalisé un déficit ou a été mise en faillite », regrette le directeur d’une filiale d’un groupe public.

Depuis le début des réformes économiques au début des années 1990, le gouvernement a multiplié les maladresses dans la gestion des entreprises publiques. Après les privatisations massives et sauvages menées durant les années 1990 avec leurs conséquences néfastes sur l’emploi (400.000 travailleurs licenciés), le gouvernement a changé de stratégie en gelant les privatisations, sans donner une véritable autonomie de gestion aux entreprises publiques. Près de 20 ans après le début des réformes économiques, le gouvernement peine à trouver la bonne voie pour sortir le secteur public de la crise.

 

TSA

Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /Nov /2009 11:49
- Par Michel - Publié dans : Economie - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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