Au cinéma

    A la manière du «Buena Vista Social Club» qui avait offert une seconde jeunesse aux gloires oubliées de Cuba, le film El Gusto, qui sort ce mercredi 11 janvier en France, part sur les traces des papys du chaâbi, une musique née dans le mythique quartier de La Casbah à Alger.
Le chaâbi, apparu dans les années 1920, mêle la musique arabo-judéo-andalouse, la tradition de la poésie orale et les rythmes berbères. Il a battu son plein dans les années 1940-1950, dans la Basse Casbah, autour de la grande synagogue, à Bab El Oued, au port, où se côtoyaient Arabes, Juifs, Kabyles, Maltais, Espagnols, Italiens... «Quand on parle du chaâbi, c’est la musique d’Alger, et surtout de La Casbah», insiste Ahmed Bernaoui, chanteur et joueur de mandole - l’instrument roi du genre -, l’un de ces anciens élèves de la classe de chaâbi créée et dirigée par El Anka au Conservatoire d’Alger de 1952 à 1957, retrouvés pour les besoins de ce film documentaire qui leur rend hommage.
Réalisé par Safinez Bousbia, une jeune Algérienne de 30 ans, El Gusto (mot d’origine espagnole intégré dans le dialecte algérois, signifiant passion, goût, plaisir) est l’aboutissement d’un long chemin. En 2003, elle rencontre fortuitement le marchand d’une échoppe, dans La Casbah, qui lui raconte sa jeunesse et cette classe de chaâbi dont il faisait alors partie. Touchée, elle décide de retrouver les anciens élèves de cette classe dispersés par la guerre d’indépendance et le rapatriement : deux ans de recherche, puis deux ans de tournage ont été nécessaires à cette femme qui se découvre cinéaste.
Un CD, El Gusto (Remarks Record/Warner Music) a été publié au début du mois et deux concerts, les 9 et 10 janvier à Paris, ont accompagné la sortie du long métrage. Ils ont réuni une bonne partie des musiciens du film : Rachid Berkani, Liamine Haïmoune, le comédien Robert Castel, fils du violoniste Lili Labassi... D’autres n'ont pas été de la fête : depuis le tournage en 2006 et 2007, quatre sont morts et deux tombés gravement malades.   

"El Gusto" : les spectres d'une autre Algérie

La documentariste irlandaise d'origine algérienne, Safinez Bousbia, n'est pas pour rien dans l'existence d'El Gusto. Cet orchestre de musique arabo-judéo-andalouse, qui réunit des musiciens d'Alger et d'autres issus de la diaspora "pied noir", est né de la rencontre entre la réalisatrice et un commerçant de la casbah d'Alger, Mohamed El Ferkioui. En conversant avec lui, Safinez Bousbia a découvert qu'il était musicien, accordéoniste, et qu'il avait fait partie, il y a un demi-siècle de cela, de l'élite de la musique chaabi, genre populaire à Alger, aussi bien chez les musulmans que chez les juifs.

Mettant ses pas dans ceux de Wim Wenders (qui partit à la recherche des vieilles gloires de la musique cubaine pour son Buena Vista Social Club), Safinez Bousbia a retrouvé les survivants de cet âge d'or du chaabi, a recueilli leur parole et les a poussés à reprendre du service.
Elle n'a pas arrêté sa quête aux portes d'Alger. En France, elle a retrouvé les musciens qui avaient quité l'Algérie à l'indépendance. Loin de leur terre natale, ils ont perpétué et transformé le chaabi. El Gusto, le film, se termine sur leurs retrouvailles.

L'histoire est belle, sans doute plus que le film lui-même, un peu appliqué. Par moments, les souvenirs déchirants de la guerre ressurgissent, quand un musicien explique comment il est resté invalide après avoir été torturé par les troupes françaises, quand un autre évoque Ali La Pointe, le proxénète devenu combattant du FLN (le chaabi était aussi la musique des bordels algérois).

Ces spectres restent en lisière d'un film qui vise d'abord l'optimisme et permet au moins de rencontrer une série de figures extraordinaires qui rappellent que l'Algérie n'a pas été seulement un champ de bataille.

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=196225.html

Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 00:17
- Par Michel - Publié dans : Au cinéma - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

hors la loiNaissance de "Hors-la-loi"

Dès l’époque d'Indigenes et la rencontre d'anciens combattants d'Afrique du Nord ou d'Afrique noire, Rachid Bouchareb et son coscénariste Olivier Lorelle se sont rendus compte qu’il y avait chez ces vétérans une profonde déception et amertume vis-à-vis de la France. Du coup, la fin de la guerre et la Libération ont relancé le mouvement de la décolonisation. C’est à ce moment-là qu’est né Hors-la-loi.

Trilogie

Le réalisateur d'origine algérienne Rachid Bouchareb a toujours eu à cœur de traiter l'Histoire qui lie la France et l'Algérie à travers une grande fresque cinématographique, un peu comme avait pu le faire Sergio Leone avec Il était une fois en Amérique.

En 2006, Indigènes amorce ce travail de mémoire par la Seconde guerre mondiale, suivi en 2010 par Hors-la-loi, qui commence par la guerre d'Algérie. Un troisième épisode devrait conclure portant sur l'intégration en métropole après 1962.

Sétif comme point de départ

Dans une première version du scénario d'Indigènes, le film devait se terminer par le massacre de Sétif du 8 mai 1945.

Mais Rachid Bouchareb changea finalement d'idée : "Je me suis dit qu’il fallait que la dernière scène se déroule en France". En 2010, cet événement tragique sur le sol algérien ouvre le long métrage Hors-la-loi.

La polémique

Sorti en 2010, Hors-la-loi est le premier film abordant directement les massacres de Sétif en 1945 où des manifestations pacifiques indépendantistes algériennes ont été sévèrement réprimées par l'armée française. A sa présentation au Festival de Cannes, une polémique éclata, portée par le député Lionnel Luca. Soutenu par des associations de pied-noirs, l'élu attaqua le regard que portait le film sur ces tragiques évènements, sans pour autant l'avoir vu, et le fait qu'Hors-la-loi soit présenté comme un film algérien alors qu'il était, en majorité, financé par la France.

Fresques de références

Rachid Bouchareb a construit son film comme une fresque parcourant quarante ans d’histoire, avec de grands décors, des séquences d’action, et des costumes minutieusement travaillés : "J'ai imaginé des personnages qui gèrent la révolution comme Al Pacino gère la famille et les affaires dans Le Parrain de Coppola. J'ai d'ailleurs repensé à des films que j'adore comme Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, Viva Zapata ! d'Elia Kazan ou Le Vent se lève de Ken Loach".

Un an de préparation

Comme Indigènes, Hors-la-loi a demandé un an de préparation, afin de mettre au point les principaux paramètres de la fabrication du film et pour que chacun comprenne dans quelle direction Rachid Bouchareb voulait aller : "On a pris le temps d’aller à Sétif pour y retrouver des éléments de décors, comme le Café de Paris, la rue principale et les faubourgs. De même, on s’est beaucoup documenté sur le Pigalle des années 50", explique le cinéaste.

Le tournage

Pendant la préparation, l'équipe technique a pris conscience que Hors-la-loi ne pouvait être qu’un film de studio, impliquant des choix esthétiques précis qui ont été opérés avec le chef-opérateur Christophe Beaucarne. Près de 90% du film a été tourné dans les studios tunisiens de Tarak Ben Ammar, où a été reconstruit les rues de Sétif, le bidonville, Pigalle ou les intérieurs – la salle de boxe ou les appartements. Le tournage a duré cinq mois et demi.

Les studios Tarak Ben Ammar

Hors-la-loi a été tourné en grande partie dans les studios Tarak Ben Ammar, situés à Ben Arous en Tunisie. Les tournages de grands films hollywoodiens comme La Guerre des étoiles (1977), Les Aventuriers de l'Arche perdue (1981) ou encore Le Patient anglais (1996) d'Anthony Minghella s'y sont déroulés.

D'une guerre à l'autre

Pendant leurs recherches, Rachid Bouchareb et le scénariste Olivier Lorelle ont rencontré un faussaire français qui, durant l'Occupation, fabriquait de faux papiers pour les résistants français, et qui a poursuivi son activité dans les années 1954-55 – au bénéfice, cette fois, de la résistance algérienne. Il trouvait qu’il servait, à chaque fois, une cause juste. De plus, quand le réalisateur a rencontré à Alger un ancien membre de la Fédération de France du FLN qui devait exécuter les traîtres à la cause – et qui en souffre encore aujourd’hui –, "L' Armée des Ombres [lui] est revenu en tête. Une dizaine d’années après l’Occupation, on se retrouvait à Paris dans la même ambiance que dans le film de Jean-Pierre Melville", commente-t-il.

Des cousins éloignés ?

Les rôles que tiennent Jamel Debbouze (Saïd), Roschdy Zem (Messaoud) et Sami Bouajila (Abdelkader) dans Hors-la-loi portent les mêmes prénoms que ceux qu'ils incarnaient dans Indigènes, quatre ans plus tôt. Mais il ne s'agit pas des mêmes personnages d'un film à l'autre.

L'Histoire par le cinéma

"Les Français, les Algériens, les Maghrébins et les Africains, surtout les nouvelles générations, ont besoin de connaitre le passé colonial", explique Rachid Bouchareb. "C’est aussi le rôle du cinéma. Mais encore une fois, le spectateur veut aller au cinéma, pas lire un livre d’histoire. Il faut lui raconter une histoire. En sortant de la salle, à lui, s’il en a le désir, d’aller consulter les ouvrages d’histoire. Le film peut permettre un débat d’idées avec tous les points de vue. Ceux qui ont été au centre des événements ont leur mot à dire et il y encore qui demandent à raconter leur histoire dans la grande Histoire. Ils sont la mémoire vivante".

 

C'est une histoire fictive qui se situe dans un cadre historique, je n'ai toujours pas compris pourquoi la polémique. Les massacres de Sétif (d'Européens et d'Algériens), la Main rouge, les rafles dans le métro, la torture,les porteurs de valises,  tout cela a existé, mais ce film ne prétend pas à la vérité historique.

Il ouvre simplement un possible débat.

Lundi 27 septembre 2010 1 27 /09 /Sep /2010 23:50
- Par Michel - Publié dans : Au cinéma - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Communauté : Club Nado'dz

 

« Ce qui fâche dans "Hors-la-loi", c'est la dénonciation des massacres de 45 »

Algérie News : Vous avez lu le scénario du film. Pourquoi dérange-t-il en France ?

Mohamed Djouhri : Ce qui dérange les responsables français, c'est le récit des massacres du 8 Mai-1945 et ce qui s'est passé au Vietnam. Bouchareb n'a pas falsifié l'histoire, son film est une fiction qui dénonce des réalités vécues, le film est basé sur des réalités historiques, sur des images et des vidéos de l'époque. D'après moi la polémique est par rapport au contenu du film, parce que le film a dénoncé la violence des Français. Il a montré avec précision tout ce qui s'est passé durant les journées du massacre. Le film a montré aussi la violence de l'armée fran­çaise au Vietnam.

Pouvez-vous nous parler du rôle que vous avez interprété dans ce film ?

J'ai joué un rôle d'un entraîneur de boxe durant la guerre de Libération. Le personnage que j'ai interprété va préparer un jeune boxeur algérien qui va participer à une compétition sous le drapeau français.

Cette mission m'a été confiée par le personnage qui a été interprété par Djamel Debouze, ce personnage qui fait partie des hors-la-loi.

Le frère de ce dernier qui est impliqué dans les rangs du FLN, l'a menacé d'être harki, parce qu'il travaille pour le compte des Français, Il l'ont même menacé d'assassiner le boxeur s'il ne rejoint pas les rangs du FLN... Je ne sais pas si j'ai le droit de parler du film ou non, je pense que c'est suffisant...

Où aura lieu l'avant-première du film?

L'avant-première du film «Hors-la-loi» va être projetée normalement à Sétif ce 8-Mai, parce que selon Bouchareb, ce film est un hommage aux victimes du massacre du 8-Mai 45. D'ailleurs l'histoire du film commence à Sétif en 1939. Mais pour l'instant rien n'est officiel, j'attends toujours la décision du réalisateur.

Vous avez interprété le rôle d'un entraîneur de boxe dans ce film qui a fait une grande polémique en France. D'après vous, cette polémique revient à quoi au juste ?

J'ai suivi la polémique qui se passe actuellement en France, par rapport à ce film, je suis au courant de tout ce qu'ils ont dit à propos de l'histoire du film.

Comme vous le savez, le film est une copro­duction franco-algérienne. Mais la France a mis beaucoup d'argent dans sa production, d'ailleurs, c'est un film à 100% français.


Propos recueillis par Aziz Sethî-

Dimanche 9 mai 2010 7 09 /05 /Mai /2010 09:16
- Par Michel - Publié dans : Au cinéma - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

 

Pour avoir fait un film qui revient sur les massacres du 8-Mai 1945, Rachid Bouchareb risque de passer comme ses héros pour un hors-la-loi en France, pays où il vit, habite et crée.

Comme à l'«ancienne» et en langage barbouzard, Lionnel Luca, un député de l'UMP, parti de droite au pouvoir en France, lui a balancé du «ça ne va pas se passer comme ça» et l'avertit quasiment d'une descente de tontons flingueurs qui viendraient le sulfater s'il persisterait à montrer que le bain de sang de Sétif, Guelma et Kherrata, il y a 65 ans. n'était pas un carnage mais un cas de légitime de défense d'Européens attaqués par des «Arabes» déchaînés....

On ignore si Bouchareb va sous la pression modifier ou non certaines scènes de son film pour éviter la censure et passer comme prévu son film en compétition à Cannes sous pavillon algérien - on le saura tôt ou tard - mais le savoir relève presque de l'infime détail devant l'énorme caricature qu'incarne ce parlementaire français qui crie au «révisionisme» à propos de faits qui ont conduit au massacre de milliers d'algériens et se tait devant l'horreur coloniale que toute personne censée condamne.

Caricature ? Pas si sûr, car la réaction de M. Luca est anti-algérienne avant tout.

Elle est sans doute raciste et certainement symptomatique d'une France Sarkozyenne qui dans son imaginaire comme dans sa culture politique dominante, peine à dis­simuler que le vote de la loi du 23 février sur les «bienfaits de ta colonisation», bien que supprimée dans son article 4, n'était peut-être pas un accident.

Mais un acte délibéré et mûrement réfléchi qui transpire de la conviction profonde - et donc terriblement inquiétante pour un pays comme la France - que la colonisation n'était pas un tort, un crime mais le signe d'une suprématie d'un peuple sur un autre...

En décodé, la réaction agressive de M. Luca indique que ce qui est reproché publiquement et confidentiellement au cinéaste Bouchareb, c'est de n'avoir pas appliqué dans son film l'article 4 supprimé de la loi du 23 février 2005 et d'avoir oublié de rappeler la mission civilisatrice de la France dans ses ex-colonies, en particulier en Algérie.


Mais il n'y a pas que l'histoire qui est en jeu dans la mise en flamme de «Hors-la-loi». L'enjeu est aussi politique et tend à montrer que derrière l'avertissement et les menaces proférées contre Bouchareb, c'est un autre message, subliminal celui-ci qui apparaît : les «Arabes», y lit-on, doivent continuer à se sentir des intrus en France et ne doivent pas prétendre au droit de participer à l'écriture de son histoire et de ses mémoires.

Dimanche 9 mai 2010 7 09 /05 /Mai /2010 09:11
- Par Michel - Publié dans : Au cinéma - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Algérie mon amour

El Milia - ال ميليه

racisme

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés