Le blog de Michel - ميشال
Au moment où la
France annonce la création d’une fondation sur la guerre d’Algérie ainsi qu’une série de mesures en faveur des harkis, retour sur une tragédie avec Rabah Zanoun, réalisateur du Le choix
de mon père.
Hier, en France, c’était la Journée nationale d’hommage aux harkis, ces soldats d’origine algérienne qui se sont battus,
entre 1957 et 1962, aux côtés de l’armée française contre des Algériens qui revendiquaient l’indépendance. En tant que fils de harki, cette Journée d’hommage représente-t-elle quelque
chose ?
D’abord, je ne me considère pas comme un fils de harki. Cela tendrait à dire que je reconnais un « statut » ou une « appellation », chose que je ne revendique pas.
Donc, je ne parlerai pas en tant que fils de harki, mais en tant que citoyen français. Je suis né en France, j’ai fait mes études dans ce pays, j’y vis et j’y travaille. Comme toutes les
commémorations, cette journée a plutôt une valeur de symbole. Elle cherche, à mon avis, surtout à satisfaire des revendications politiques, et une reconnaissance d’une souffrance.
Etait-elle attendue ? De moins en moins. Cette journée reconnaît le mérite des harkis, mais il ne règle en aucun cas le problème. A savoir, la responsabilité de la France, la libre
circulation, l’effort que doit fournir ce pays à ces personnes. Cette journée s’est installée dans le paysage commémoriel français, mais elle est dissipée dans la multitude de journées
d’hommage.
Le mot « harki » vient d’un mot arabe qui signifie « mouvement », mais aussi « escarmouche » ou « guérilla ». Mais en France ou en Algérie, il est
synonyme, dans l’imaginaire collectif, du mot « traître ». Les harkis s’étant rendus coupables de nombreux massacres contre les Algériens. Une proposition de loi française vient d’être
déposée en France pour punir ceux qui insultent les harkis. Fallait-il le faire ?
Malheureusement, cela risque de ne pas changer grand-chose. Vous savez, depuis la fin de la guerre, les harkis n’ont cessé d’être l’objet d’insultes, de la part des Algériens mais aussi
d’une partie des Français, particulièrement de gauche. Georges Frèche, président de la Région Languedoc-Roussillon, en France, traite les harkis de sous-hommes sans que cela n’émeuve
grand monde. Pourtant, l’insulte « sous-hommes », untermensch en allemand, devrait rappeler à beaucoup ce que ce concept a amené en France. Quant au président Bouteflika, qui traite les
harkis de collabos, il est dans son rôle : garantir une unité nationale, en bannissant d’une certaine manière les harkis de la vie sociale algérienne. Et il s’est bien rendu compte des
dégâts qui ont été faits au sein de la population. Un jour, certainement que l’Algérie se rendra compte, à travers son comportement envers les harkis, de la destruction du lien social
dans la nation. D’où tire-t-il sa légitimité ? De son passé révolutionnaire, même si certains pensent que le président algérien a exagérément glorifié son parcours. Je crois qu’il fait
surtout plaisir aux moudjahidine, qui représentent encore en Algérie une force puissante.
Vous êtes l’auteur d’un documentaire diffusé sur France 3, Le choix de mon père, qui raconte l’histoire de votre propre père, membre du FLN, et qui, ayant
refusé d’abattre un représentant du MNA en 1959, fut condamné à mort par le FLN et s’engagea dès lors comme harki avec les autorités françaises… En quelques mots,
racontez-nous….
Pour résumer, mon père quitte la Kabylie en 1955 pour émigrer en France. A partir de là, il rejoint le FLN comme sympathisant, et en 1959 il intègre un commando de choc. La mission de ce
commando consistait à assassiner un membre du MNA (Mouvement national Algérien), adversaire du FLN. Mon père refuse, se sachant condamné à mort par le FLN pour cela, il trouve refuge
auprès des autorités françaises et s’engage comme harki. Et ma volonté pour ce film, a été de comprendre comment on devient harki et non pourquoi, de lever le voile sur une histoire
enfouie, une mémoire meurtrie. La plupart des harkis se sont enfermés dans le silence. Oubliés par les Français, méprisés par les Algériens. Mon film est l’occasion de lutter contre les
raccourcis historiques.
Il ne faut pas oublier qu’entre 1954 et 1962, il y a eu une guerre entre la France et les Algériens. A
l’époque, la plupart des émigrés algériens en France étaient considérés comme des suspects. Mon père a fait le grand écart, comme vous dites, car sa situation était plus que compromise.
Il n’avait aucune possibilité de retourner dans la vie civile. Le FLN voulait sa mort. Il était impossible pour lui de retourner auprès de ses amis et de sa famille. Il ne s’est pas
engagé comme harki parce qu’il soutenait la France, il s’est engagé car le FLN voulait l’abattre. Existait-il une autre solution ? C’est sûr qu’aujourd’hui en 2009, il est plus facile de
se poser cette question. L’exemple de mon père montre à quel point les harkis ont été pris dans le piège colonial. Les raisons sont multiples, et pour chaque individu s’engager auprès de
la France n’était pas une mince affaire. Le grand écart, dont vous parlez, est la situation qui prévalait pour tout Algérien de l’époque. Pour le FLN, vous êtes avec nous ou contre nous,
et pour la France, il s’agissait de rallier un maximum d’Algériens afin d’affaiblir le mouvement révolutionnaire.
Une fois l’Indépendance de l’Algérie acquise, quel a été le sort de votre père ?
Quels sont vos rapports avec l’Algérie aujourd’hui ? Vous pouvez y
aller ?
Bio express
Rabah Zanoun est né le 14 mai 1968 à Thionville en Lorraine ( France). Après des études en communication, il rejoint Paris pour travailler en tant que journaliste à Canal + et M6 puis à
iTélé. Il est l’auteur d’un documentaire Le choix de mon père ou comment un homme est devenu harki. Après avoir réalisé d’autres documentaires, notamment sur les 50 ans de l’indépendance
du Maroc, Rabah Zanoun prépare un film sur l’immigration algérienne en Lorraine.
Par Ahmed Tazir
El-Watan
Mais je trouve que la France est lâche de ne pas avoir accepté ces harkis , et de ne s'en préoccuper alors qu'ils sont presque tous morts !
Je ne parle pas des enfants bien sur , et j'apprécie qu'ils se sentent français , malgré le peu de considération de la France
bonne journée Michel